Site officiel de Gilles LANGOUREAU 

                   

                          ENFANCE EN FRANCE

 

       Après une naissance en chausson bleu (pur hasard), du ventre de la Bourgogne, ma  mère me présente mon père, instit’ de village qui dispute à coup d’gentillesse l’influence de la paroisse à Don Camillo et Peppone qui aime la terre et qu’ont l’coude plus léger qu’un extrait d’acte de naissance.

      Le 14 juillet, dégrafant leur gilet, les notables retiennent leurs hoquets, titubant derrière miss canton. Un doux parfum de vin divin s’échappe de la gendarmerie. Le grand-père Jean se traîne jusqu’au monument pour se souvenir de son frère, mort fusillé à 18 ans. Les militaires mâchonnent en cœur le chwingum et la Marseillaise. Ils veulent lui remettre une médaille, y’s’recule et tourne les chaussons.

     A la Toussaint : tournée des cimetières, on bourre la malle de chrysanthèmes. J’ai froid aux pieds à poireauter dans les graviers, pendant qu’les parents désherbent la grand-mère. Aux mariages, la brioche de l’église a plus de succès que l’hostie.

     Aux communions, l’abbé tripote les p’tits diables de tata bigote, que choquent les mains du tonton ivre au derrière pâmé des serveuses. Le p’tit kir du café de la paix, c’est la pharmacie de l’hospice. Et aux enterrements, il ne désemplie pas. Dans tous les cas, on se respecte.  

    Aux récréations, les p’tites filles valsent dans ma tête. J’me fais pousser les yeux dans ce paradis qui ignore l’hypocrisie. Mon père, ma mère aiment le théâtre, la chanson, la peinture, le cinéma, et organisent tous les ans la fête de l’école : l’évènement. Moi, tout petit déjà, j’tombe dedans.     Sur scène, dans l’rôle d’un des trois jeunes tambours, j’fais sans blagues un tabac. Les repas du Dimanche durent des heures. La table est le chef lieu de canton et, pour moi : la scène du Stade de France, quand papa m’invite à chanter « Bambino » devant toute la famille...Mon premier rappel.

 

Puis,c’est l’installation à Auxerre. Dans un sous-sol de F5, je hurle les Rolling Stones made in Z.U.P. avec au  carton et à la scie circulaire sur manche à balai : Charlie Watts ; à la guitare espagnole, cordes Nylon (60F) : Keith Richard ; au « vocal » Mick Jagger Langoureau ; au public : La classe de 4° classique qu’en perd son latin. Pendant qu’l’électrophone mono familial répand Trénet, Bécaud, Piaf, et le grand Jacques Brel : La découverte de ma sœur.

     Et c’est mon deuxième groupe composed of Stewie Wonder, un copain d’lycée au piano droit ;  les Beatles m’accompagnent en direct de London. Aux chœurs, Mahalia Jackson, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan. Claude Nougaro me chante :  « Y’a pas qu’l’anglais qui danse, petit ! ».

     Après un bac très sérieux de mathématiques où les chastes paraboles et les courbes érotiques des boums pas encore « rave » s’mélangent dans mon verre, mes parents m’font monter à Paris, y paraît, pour faire le professorat d’arts plastiques. Fabuleux !

 

     Paris me rentre dans le ventre pire que la contre basse de Caratini. Des nuits de Jazz dans des boîtes enfumées d’alcool au lieu des galeries du Louvre parc’que j’préfère Miro et kandinsky à la place du Tertre. L’authenticité boxe ma timidité.

     Dans les cordes, j’bœuf’, comme on dit dans la musique des tripes, avec des musiciens de toutes les couleurs. J’commence à écrire des textes, pas très bons, j’fais des musiques aussi, qu’j’ose même pas chanter à mes meilleurs potes.

 

     Mais j’insiste parc’que j’suis trop fêlé pour être prof’ et que malgré que j’sois pas Richard Geere, quand j’chante, les visages s’éclairent autour de moi et j’me fais pleins d’nanas.

    C’est comme çà que j’rencontre l’amour de ma vie, qui l’a quittée trop tôt, merde !…Qui m’a fait le cadeau du ciel : deux p’tites filles qui chantent super.

 

    De la manche dans le métro à Belleville, aux cabarets de Montmartre, de Bobino à l’Olympia, j’me souviens…Et que même si on me demande de m’fringuer en smoking, je gard’rais toujours mes pinces à vélo, pour écrabouiller la connerie et t’emmener sur mon porte bagage à l’assaut du bonheur.

 

 Gilles LANGOUREAU (1960 - 2042)

 

« J’commence à écrire des textes… »

 

 

 

J’ai peur des français.

(Texte de la chanson du beau bébé)

 

 

J’ai peur des français qui font pas exprès

D’laisser les pourris décider d’leur vie.

Ceux qui veulent pas d’problèmes avec la police

Et téléphonent à la Kommandantür pendant les guerres.

 

Ils font pas d’politique et sont d’accord avec ceux qui sont d’accord

Hummm ! Les sportifs de comptoir au tribunal des bars.

Leur violence à un stade où le sport vaut de l’or.

Ceux qui couchent leur bébé dans les magasines TV,

Pour pas s’faire oublier, les célébrités,

Les tiers-mondistes trois tiers mondins.

Assassinent un juge, enterrent une affaire.

 

J’l’ai pas fait exprès, j’recommenc’rai plus…

 

Ils perdent la mémoire de nuits et brouillards

Le courage rare face aux crachats des balles

Pour ne jamais plus revoir les mômes aux regards

Vers les hauts parleurs des gares,

Ceux dont le silence a permis à des vieillards morts dans leur lit

De vomir dans les livres d’histoire.

 

J’l’ai pas fait exprès, j’recommenc’rai plus…

……… J’ai peur des français…..Peur, peur…